Le test d’Ames : comment un biochimiste a modifié la sécurité chimique

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Bruce Ames n’a pas seulement étudié la chimie. Il a construit une machine pour l’attraper en train de mentir.

Né à New York le 16 décembre 1928, ce biochimiste et généticien américain est devenu l’architecte d’un outil qui a réécrit les règles de sécurité industrielle. Le test d’Ames est arrivé dans les années 1970 avec un principe simple et brutal. Prenez les bactéries. Plus précisément, Salmonella typhimurium. Donnez-leur un produit chimique. Voyez s’ils mutent.

Ce n’était pas seulement une astuce de laboratoire. C’était un fil-piège.

La sensibilité du test aux substances cancérigènes était étrange. Si un produit chimique provoquait des mutations chez ces microbes, il était probablement également cancérigène chez les humains. Les résultats ont été immédiats et bruyants. Plusieurs produits chimiques synthétiques ont fait l’objet d’une interdiction d’utilisation commerciale. Les écologistes ont applaudi. Ames a été salué comme un héros pour avoir exposé les dangers cachés des toxines artificielles.

Puis l’intrigue s’est inversée.

Ames n’est pas resté sur ce piédestal. Il a changé sa position sur les produits chimiques synthétiques après une prise de conscience effrayante. De nombreuses substances naturelles sont également cancérigènes.

La peur des produits chimiques de synthèse nous aveugle souvent sur la complexité du risque.

Ce tournant a déclenché des décennies de débat. Faut-il craindre le labo ? Ou le jardin ?

Le test d’Ames reste une pierre angulaire de la toxicologie. Il répond à « comment » nous dépistons le danger. Mais cela nous oblige également à nous demander « pourquoi » nous paniquons face à certaines menaces tout en ignorant d’autres. Nous interdisons un pesticide synthétique parce qu’un insecte mute. Pourtant, nous ignorons les composés naturels présents dans nos aliments qui font de même.

Où se situe réellement la limite ?

Le travail d’Ames n’a pas seulement permis de sauver des vies grâce à la réglementation. Cela a révélé un biais cognitif. Nous faisons moins confiance à ce que nous ne pouvons pas toucher qu’à ce que nous pouvons manger. Les bactéries ne se soucient pas de leur origine. Ils ne se soucient que des dégâts.

Nous utilisons encore le test aujourd’hui. Mais la conversation a changé. Il ne s’agit plus d’interdire tout ce qui est nouveau. Il s’agit de comprendre l’ampleur du risque.

La science est claire. Des mutations se produisent. Dans les laboratoires. Dans les forêts. Dans nos cellules.

La question n’est pas de savoir quels produits chimiques sont mauvais. C’est le niveau de risque que nous sommes prêts à tolérer.

Ames le savait. Il ne voulait tout simplement pas que nous prétendions que certaines menaces sont imaginaires simplement parce qu’elles proviennent de la nature.